mercredi 21 février 2007

Être à la limite de l'abstrait et du figuratif


Mine de charbon en Sibérie
acrylique sur toile - 2006 - 30" x 24" (76,2 cm x 61,0 cm)

série "Formes noires"
vendu
www.alec5.com

Être à la limite de l'abstrait et du figuratif
ou le voyage immobile.


Ce n'est pas une règle que je me suis imposée. Ce n'est pas non plus une volonté consciente. C'est juste que l'image apparaît quelque fois plus clairement, plus "figurativement" que d'autres fois où la surface exprime suffisamment d'émotion et donc que l'abstraction s'installe. Mais à vrai dire, je ne me suis jamais posé la question de savoir, pour moi, ce qu'est l'abstraction, voire même, ce qu'est la peinture abstraite. Peindre. Simplement peindre. Si des images se concrétisent, tant mieux. Tant mieux car je remarque à quel point on a besoin de comprendre ce que l'on voit. On a besoin de mettre des mots, des balises pour ne pas se perdre.
Hors, justement, se perdre dans l'image est probablement l'exercice le moins contraignant, le plus agréable et le plus libérateur que l'on puisse faire. Car dans notre monde présent, où l'image a une telle importance, on ne se laisse plus aller à voguer sur la simple impression que peuvent nous transmettre nos propres émotions face à une image qui laissent justement la liberté d'interprétation. Je remarque, par exemple, qu'au petit écran, on nous montre une image déjà éloquente en y ajoutant une explication détaillée. Et si cela n'est pas assez, on la repasse inlassablement, en poussant l'injure jusqu'à encercler ce qu'il faut absolument voir. Comme si on ne voyait plus rien à force d'images multipliées.

Le calme et la sereinité que peut offrir une toile est, pour moi, un espace salvateur où mon esprit peut enfin se reposer et divaguer librement. Et cela est d'autant plus agréable que je pense dépenser moins d'énergie à me laisser aller qu'à bloquer mon cerveau à l'intrusion visuelle quotidienne.

On devrait apprendre à regarder de façon nouvelle ce qui est simplement là. Souvent, lorsque je marche en ville, par exemple, je lève mon regard et m'attarde volontiers sur un détail d'architecture, sur une couleur qui tranche avec son environnement. Le rouge de la brique d'un vieux mur d'usine, cerné par un parapet de toit d'aluminium, se détachant, à son tour, sur un ciel bleu éclatant... Cela ferait une photo cliché pour certain, mais ce genre de cliché ne semble plus faire partie de l'album visuel de beaucoup d'entre nous. Et il existe une soif grandissante et artificielle d'images de plus en plus fortes et fabriqués de toutes pièces. Mais l'image que l'on se fait du reste du monde, occulte complètement l'image que l'on a de notre monde proche, de ce qui nous entoure! On perd alors tous ces petits détails qui stimulent mais aussi repose l'esprit par leur simple présence. Tous ces petits détails qui nous rappel que quelqu'un, un jour à penser, à fabriquer, à réaliser quelque chose qui nous semble futile, mais qui dans l'ensemble est indispensable à l'équilibre d'une forme.

J'aime bien cette notion de voyage immobile.
Lorsque j'étais adolescent, il m'arrivait de marcher de longues heures dans ma ville d'origine, pour m'évader. En fait, je recherchais instinctivement des endroits, des angles de vues qui pouvaient me transporter dans un ailleurs qui, finalement était complètement issu de mon imagination. Il n'est pas "nécessairement nécessaire" de voyager aux confins de la planète pour se sentir ailleurs, ou pour découvrir des dimensions que l'on ne connaissait pas. Ces dimensions sont souvent en nous.
Ce voyage immobile peut se faire devant une toile, par exemple. Et c'est, je crois, ce que je propose dans ma peinture.
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