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lundi 24 février 2014

Respirer par la création

Article original - Lambert Express




Alec Stephani - Respirer par la création
LAMBERT EXPRESS ENTREVUES - 26 février 2014
Par Pierre-Léon Lafrance - pierreleonl@lambertexpress.com
 
Alec Stephani peint, mais il n’est pas que peintre, il écrit, mais il n’est pas qu’auteur, il fait de la musique, mais il n’est pas que musicien, il fait de la photo, mais il n’est pas que photographe. Pour lui ces modes d’expression et les autres qu’il utilise ne sont que cela, des outils pour s’exprimer.

À la base Alec Stephani est un créateur. Il le dit lui-même « J’ai vraiment, viscéralement, le besoin de créer. Alors quand je trouve un média qui correspond à ce que je veux faire au moment où je veux le faire, c’est lui qui sort.» L’expression d’Alec Stephani est urbaine et il cherche à l’inscrire dans l’urbanité présente. Il se défend de faire une observation ou une critique de l’urbanité même s’il admet qu’à travers une partie de ses créations et de ses designs il cherche souvent à revenir à la conscience artisanale d’antan et à l’émotion que suscitaient alors les objets.

Repenser le vélo et le fauteuil roulant
Un exemple de cette façon de voir se trouve dans le design de vélos qu’Alec Stephani a fait pendant de nombreuses années. Il en faisait déjà depuis un certain temps lorsqu’il en est venu à se demander ce qu’était un bon vélo. « Je suis revenu à la base et je me suis dit qu’il fallait aller chercher la conscience de l’objet avant même de créer l’objet. Qu’est-ce qu’un vélo au niveau émotif ? Un souvenir, une appartenance, une impression, un moyen de transport, un compagnon ? C’est tout cela à la fois. J’ai donc décidé de créer un vélo culturel, un vélo émotif dont on a envie de se servir pour des gens qui ne font pas de vélo et qui ne connaissent pas le vélo. Je voulais aussi qu’on retrouve le plaisir du vélo qu’on laisse dans la ruelle et l’émotion de liberté qui peut s’en dégager. » C’est ainsi qu’est née la gamme Urbanista, des vélos techniquement ultramodernes au design et à la fonctionnalité émotive d’une autre époque.



Alec Stephani a délaissé ses vélos pour collaborer maintenant avec une entreprise qui fabrique des fauteuils roulants en carbone pour gens actifs, des chaises de tous les jours, précise-t-il, très légères et très design. Il a abordé ce nouveau défi un peu de la même façon qu’il l’avait fait avec les vélos. Il a donc mis de côté ses préjugés et il a essayé l’objet. « J’étais à dix mille lieux de penser qu’un fauteuil roulant pouvait être un objet aussi performant, aussi efficace, aussi léger, aussi design aussi. » Alors, pourquoi ne pas en faire un objet de fierté, demande-t-il, pourquoi se handicaper davantage avec un objet qui ne répond pas aux besoins ?

Le projet électro-acrylique, de la musique sur toile
Quoi de plus normal pour un artiste multidisciplinaire que de vouloir faire le pont entre plusieurs formes d’expression ? Quoi de plus étonnant que les formes d’expression choisies soient la musique et la peinture ? C’est justement ce qui surprend dans le projet électro-acrylique.

Il s’agit essentiellement d’une rencontre, d’une conversation, sur scène, entre le peintre Alec Stephani et le designer sonore DJ Pfreud qui allie musique et peinture. La musique est en quelque sorte créée par le bruit du pinceau sur la toile qui devient un instrument. Il s’agit de placer des capteurs sonores sur la toile et les sons ainsi recueillis sont transformés, changés, amplifiés, malaxés, synthétisés et réalimentés au peintre qui y répond par d’autres mouvements, d’autres coups de pinceau et la conversation picturo-musicale s’engage.Il a fallu un an pour trouver les instruments électroniques adéquats et pour en arriver à créer une méthode de communication entre les deux artistes sur scène puisque rien du genre n’avait jamais été tenté. « Des musiciens sur scène arrivent à communiquer entre eux de façon non verbale en suivant des paramètres très connus. Il fallait qu’on développe une méthode pour savoir comment communiquer et que cela donne quelque chose de cohérent parce que cela aurait pu être un désastre total. Alec Stephani et DJ Pfreud ont déjà donné quelques représentations de cette conversation picturo-musicale avec un certain succès semble-t-il. À le regarder et à l’écouter, on a vraiment l’impression qu’Alec Stephani est une véritable machine à créer. Jusqu’où ira-t-il ? L’inspiration lui fera-t-elle défaut un jour ? Pas certain ! En cours d’entrevue, sans que la question ne lui soit directement posée, il a dit « Ce qui me motive dans la création, c’est toujours se dire....et si... et si on allait plus loin et si c’était possible. »
www.motioncomposites.com — www.mutek.org/fr — www.alec5.com

lundi 4 juin 2012

"Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur... (moi), sans jamais oser le demander!" ;-)

 Magazine Lambert

 

Alec Stephani fait tourner la roue

Par Suzanne Laliberté

La multiplication des activités créatives est le quotidien d’Alec Stephani. Cet artiste-peintre et designer de vélos est fasciné par les anciennes mécaniques et par les vieux bâtiments industriels. Un original, ce Lambertois ? C’est peu dire, il conçoit aussi des sous-marins et écrit des romans !




 

L’héritage familial

Originaire de Suisse, Alec Stephani vient d’une famille de créateurs. Sa mère était portraitiste et enseignante, et son art a fait vivre la petite famille après la mort du père. Ce dernier provenait d’une famille de médecins, et cette carrière lui avait été imposée. Cependant, le père d’Alec, ayant l’âme d’un ingénieur, a choisi la radiographie, une spécialité high-tech à l’époque. Il a commencé à modifier sa propre machine, mais les protocoles de sécurité en matière de radiations étaient presque inexistants ; il est décédé précocement. Les parents d’Alec lui ont donc légué deux héritages : l’amour de l’art et de la technologie. Il navigue avec facilité entre ces deux univers dont le fil conducteur est la créativité.

 

 L’arrivée

Alec se décrit comme un réfugié culturel ! Ayant étudié en graphisme, il travaillait déjà dans le domaine de la publicité en Suisse, avant son arrivée au Québec en 1988, à l’âge de 23 ans. Mais le système hiérarchique typique des vieux pays ne satisfaisait pas son effervescence créatrice. « Au Québec, si tu as une bonne idée, on t’aide, tandis qu’en Suisse, on ne t’aide que lorsque tu as réussi ». Alec avait déjà un emploi dans le secteur publicitaire à son arrivée au Québec, mais c’est surtout la musique qui a favorisé son intégration. Arrivé sans ses claviers, il s’est improvisé chanteur et a été recruté par un band avec lequel il a fait une soixantaine de concerts par année pendant 10 ans.

 

La sabbatique

Arrive alors la récession de 1990, et Alec se retrouve au chômage. Il décide de consacrer ce temps à créer. « Le petit Suisse en moi regardait ça de haut et se disait : “ Tu n’as pas le droit ”, mais j’avais besoin de cette sabbatique. Cet hiver-là, j’ai peint sans arrêt ! » Dans son appartement de l’époque, situé au deuxième étage, il y avait des peintures et des sculptures partout, ainsi que cinq motos en pièces détachées. « Je ne suis pas un gars de garage. Dans la mécanique, c’est le côté sculptural qui m’intéresse. Ma réflexion va au-delà de la technologie, elle s’articule par rapport à l’objet, à la beauté de la pièce.


Opus “Nuovella” collection Urbanista. Inspiré d’une ancienne Vespa 1958 et de la Dolce. Vita de Felini de 1960. 

 

La peinture

C’est à cette époque qu’est née la série de peintures intitulée Mécanique. En peinture, la démarche actuelle d’Alec se veut un travail de mémoire des objets, des architectures et des lieux, de leur valeur et de leur passage dans le temps. Elle est aussi un questionnement sur la conception de ces objets et architectures, l’esthétisme et la durabilité étant devenus des notions trop souvent obsolètes.

 

Les sous-marins

Cette même année, un ami étudiant à l’École de technologie supérieure (ETS), Éric Deschamps, lui propose de participer à un concours international de conception et de course de sous-marins à propulsion humaine. La deuxième version de leur sous-marin Omer a battu le record du monde de vitesse sous l’eau, et depuis (ils en sont à la neuvième version), l’équipe bat ses propres records, toutes catégories confondues. « Ils sont fous ces ingénieurs ! Avec ce projet, j’ai été propulsé dans un univers complètement différent. C’est avec eux que j’ai appris le design industriel. »

 

Les vélos

Après la sabbatique et l’expérience sous-marine, Alec réalise que le milieu de la publicité ne correspond plus à ses valeurs. Un ami le recrute alors pour refaire l’image graphique et le catalogue de l’entreprise OGC, un distributeur de vélos et d’accessoires de cyclisme. Il accepte le mandat sans grand enthousiasme. Mais grâce à l’expérience des sous-marins, les dirigeants de l’entreprise comprennent les capacités d’Alec en design industriel. On lui propose alors de développer une ligne d’accessoires de vélo. Ce projet, concret, correspond mieux au type de création qui l’interpelle. Puis, en 2001, OGC décide de créer ses propres vélos. En collaboration avec un collègue expert de ce sport, Alec crée les cinq premiers vélos de la réputée marque Opus. Depuis, 95 modèles ont été développés.
« C’est quoi, un bon vélo ? », questionne Alec. « Plus encore que la haute technologie, le design doit réveiller la sensation de plaisir. Comme lorsqu’on était enfant et que notre vélo était l’objet magique qu’on enfourchait pour partir à la découverte du quartier. » Le courant Slow Bike, originaire d’Angleterre, est une philosophie qui va en ce sens, explique Alec. « Au lieu de penser comme un automobiliste, le cycliste peut choisir d’autres voies, propices à l’observation de l’architecture et de la nature, comme un enfant préférera spontanément la ruelle à la circulation de la grande rue. »

 

L’écriture

Toutes ces réflexions amènent Alec à démarrer le blogue Urbanista*, qui présentait la gamme éponyme des vélos Opus via des articles et des entrevues, et il découvre alors le plaisir de l’écriture journalistique. Mais Alec avait déjà commencé à écrire des romans dès 1990. Il a commencé par une toute petite histoire de science-fiction devant faire 4 ou 5 pages, mais qui s’est terminée par 200 pages ! Suivent trois romans portant sur la sculpture (Métal), la peinture (Le pinceau d’ocre) et la musique (La dernière note). Bien sûr, Alec aimerait être publié. « Telle une peinture qui, lorsqu’elle est installée dans le salon particulier, prend une autre forme, l’écriture doit circuler et avoir sa vie propre », explique Alec. Comme son écriture est très visuelle, il songe aussi au cinéma. Bref, sa carrière d’écrivain est en devenir. « On verra… », dit Alec, philosophe.

 

Les performances

Récemment, Alec a commencé à tâter de la performance. « Le goût pour la performance vient d’une scène que j’avais écrite dans le roman La dernière note. Je voulais vivre moi aussi cette expérience. » Il planche présentement sur un projet d’improvisation mélangeant art visuel et électro-acoustique. « J’ai amené ma peinture dans le design, mais pour la première fois je l’intègre à la musique. »

 

L’avenir

Peinture, écriture, musique, design, mécanique, performance et sculpture… où cela le mènera-t-il ? « Mon parcours m’a maintes fois montré que ce qui semble être des directions professionnelles différentes est en fait une suite logique à ma véritable passion : créer ! » La carrière prometteuse de ce « Da Vinci lambertois » est donc à surveiller, car il est impossible de prédire dans quelle direction elle ira !

*Le blogue Urbanista a existé durant cinq ans. Il n’est plus en ligne.

www.alec5.com — www.alecart.blogspot.com

 
Opus “Cervin”, collection Urbanista. Inspiré d’une Jeep Saharienne de 1940 et de Indiana Jones.

Ses favoris
Film : Les ailes du désir, de Wim Wenders l’a profondément marqué.
Musique
 : Arvo Pärt, Fauré, Debussy et Borodine, Keith Jarret, Miles Davis, Dan Touin, Brand New Heavies, Zéro 7, Meshell Ndegeocello et Daft Punk.
Voyages
 : New York, San Francisco, Paris, Berlin, Venise.
Passe-temps
 : Créer, créer et créer !
Cause sociale
 : Le vélo comme mode de vie.
Restaurant
 : Bidon Taverne Culinaire, évidemment !

lundi 5 mars 2012

De la publicité au design de vélos

Publié le 05 mars 2012
Alec Stephani... (Photo Édouard Plante-Fréchette, La Presse)
Photo Édouard Plante-Fréchette, La Presse
Alec Stephani
Ils ont étudié en biologie, en sciences politiques ou en droit. Aujourd'hui, ils sont musiciens, programmeurs de jeux vidéo ou éleveurs de canards. La Presse dresse leur portrait et démontre que l'école ouvre bien plus qu'une porte.
La publicité et la conception de vélos ont peu en commun. C'est pourtant les deux domaines dans lesquels Alec Stephani a travaillé, après son diplôme en graphisme à l'École des arts décoratifs de Genève.

«C'est lors d'un événement portes ouvertes que j'ai eu un coup de coeur pour la publicité. Je voulais transmettre mon message par l'image. J'avais d'ailleurs déjà des contrats pendant mes études», dit Alec Stephani.

Après avoir travaillé comme directeur artistique dans une boîte de publicité, le principal intéressé s'installe à Montréal en 1988, pour poursuivre sur la même voie.

Une remise en question l'attend toutefois au détour. «Je réalisais que je mettais ma créativité au service de produits auxquels je ne croyais pas. J'ai même refusé de travailler sur des mandats qui étaient en contradiction avec mes valeurs», se rappelle M. Stephani.


Un sous-marin à propulsion humaine

Un ami lui propose alors de travailler avec lui sur une idée à des années-lumière du marketing: en collaboration avec l'École de technologie supérieure (ÉTS), ils conçoivent le projet Omer, un sous-marin à propulsion humaine. «C'est ce qui m'a amené vers le design concret», estime Alec Stephani. Ils ont d'ailleurs créé un monstre, puisque le projet Omer en est à... Omer 8, selon Alec.

Depuis, ce dernier se consacre au design de vélos, principalement à la gamme Opus. «Tout le monde me pose la question «C'est quoi, un bon vélo? «. J'essaie constamment d'y répondre et de mieux définir le concept de vélo urbain», explique-t-il.

Sa mission: faire redécouvrir le vélo aux citadins. «Concevoir la meilleure bicyclette du monde, c'est facile. Tu prends les meilleures composantes et tu les assembles. Le défi, c'est de faire un vélo accessible, puisque chaque détail compte.»

Sa formation et son expérience en publicité l'aident beaucoup dans son travail. «Je suis à l'aise dans les communications, la mise en marché et le marketing. Mais la publicité, c'est devenu un outil plutôt qu'un métier», réalise Alec Stephani. Nul doute que ce touche-à-tout saura continuer longtemps de mettre sa créativité à profit.

jeudi 14 janvier 2010

Travail final sur un artiste contemporain

Merlin Germain-Demers
merlin200@hotmail.com
Cégep Saint-Laurent, Montréal
Travail présenté à M. André H. Martin
Décembre 2009


Alec

Je ne m’attendais pas à grand-chose lorsque j’ai entamé ma recherche d’un artiste contemporain montréalais en tapant ces mots dans le moteur de recherche de mon ordinateur. C’est sur un registre d'artistes peintres de Montréal que le deuxième site d’artiste m’a intrigué. L’artiste avait plusieurs séries de peintures qui me parlaient. Les séries visibles sur son site sont nommées : Surfaces, Structures, Mécaniques, Formes noires et Usines. D’autres onglets figurent également à son site où on y trouve une démarche diversifiée.

J’ai donc contacté Alec par courriel pour une entrevue et c’est un lundi soir, chez Baptiste, que j’ai rencontré le créatif en question. Avec les informations que j’avais obtenues sur lui par son site, je me doutais que nous avions des centres d’intérêts en commun. J’ai donc commencé par lui parler un peu de moi : travail dans le domaine du vélo, mon groupe de musique, la peinture… Je ne fus pas surpris d’apprendre par la suite qu’il était également musicien.
« J’ai fait de la musique dans les clubs et les festivals pendant longtemps. J’ai arrêté il y a quatre ans pour me consacrer uniquement à la peinture. La musique c’est épuisant. Et puis ça n'a jamais vraiment décollé. Donc c’est beau d’être patient et persévérant, mais à un moment donné… J'ai des chums qui se sont cassé la gueule en continuant. Alors, avant de m’épuiser, j’ai arrêté là. »


Il avait commencé comme claviériste, puis avait fait les back vocals, et enfin, il ne s'est présenté sur scène qu’avec un micro. Son domaine était le jazz, le blues, le rythm'n blues et le funk. « Fallait que ça groove ».
Alec me confia avoir réalisé à l'époque une première série de toiles inédites qu’il a ensuite détruites.
« Ma première série, en 89, fut très longue et intensive. Comme elle faisait suite à une rupture, c’était très violent et j’ai finalement tout détruit. Je peignais sur des grands panneaux de Masonite, c’était très lourd et je pouvais pas vraiment les traîner. Alors ce n’était pas très pratique. Après, cela s’est apaisé avec la série des Surfaces ».

Après les séries Surfaces, Structures et Mécaniques, peintes entre 90 et 91, ce sont les Formes noires et Usines, de 2004 à aujourd'hui, qui représentent le résultat d’une démarche définie par l’artiste comme l’émanation mnémonique spontanée.
L’émanation mnémonique spontanée, c’est la reproduction instinctive de la sensation d’un lieu et d’une époque.
« Décris-moi en quelques taches un lieu où tu es allé dans ton enfance. La structure de l’image ne peux pas être claire, mais ton souvenir l’est. »


Les ambiances ainsi produites par l’artiste dans ses toiles appartiennent à l’époque du début de l’industrialisation. Ce sont des souvenirs sur trois générations dans lesquels il pige, en faisant ressurgir des impressions de choses qu’on lui a racontées. Des objets appartenant à cette époque, des lieux qu’il a vus, des sensations qu’il a éprouvées. Il m’a raconté une anecdote concernant son exposition à la Tohu où un vieil homme lui a dit : « Tu as exactement peint ce qu’on vivait, ce qu’on respirait, ce qu’on ressentait à cette époque-là », en parlant de l’industrialisation et de l’ambiance poussiéreuse du début du siècle.

Ce qu’il veut représenter, c’est le dur labeur de cette époque, mais où il y avait malgré tout un souci du travail bien fait, où les objets étaient fait de matériaux solides pour durer avec la petite touche de poésie dans l’ornement sur une fournaise de fonte, par exemple, l’implication des gens, la touche humaine présente dans une époque difficile. Tout cela est en contraste avec la société de consommation actuelle où le « fait à la main » est une marque de prestige, où l’on vit de plus en plus rapidement et que les objets ont une durée de vie de plus en plus courte. Mais pourquoi porter cette importance aux objets? Peut-être parce que l’artiste, en mettant autant d’implication dans le processus de création d’une œuvre, qui est avant tout un objet, est plus sensible aux objets qui l’entourent.

Alec démontrait une réelle fascination en me décrivant la plaque ornementale d’une grosse machine ou de simples poulies, « comme elles étaient belles ces poulies ». Un ouvrier a dû couler du métal dans un moule pour les produire et tant qu’à faire ça, quelqu'un d’autre a dû s’assurer de l’esthétique du moule même si les seuls à voir ces poulies étaient les employés de l’usine. Les beaux objets, tout comme les œuvres d’arts, apportent une certaine fierté.

De plus, Alec aurait également une petite série de toiles inédites exposées chez lui. Une fois, il a eu le malheur de la montrer à une galerie qui avait sélectionné toutes ses séries. Puis elle ne voulu que cette petite série de dix toiles.
« Je n’ai jamais trouvé le moyen de continuer cette série-là. C’était la succession logique aux mécaniques. En fait, je peux te le dire, c’était des corps humains, la seule fois que j’ai fait des corps humains. »


Designer pour la compagnie de vélo Opus, Alec travaille depuis quatre ans à mettre des extraits de ses toiles sur une ligne de cadres de vélo. Le résultat en était concluant. Alors, toujours dans l’optique d’allier ses passions, à la fin de l’été, il a commencé un projet qui consiste à s’exprimer librement en peinture directement sur des cadres de vélos de fibre de carbone : Artbike (un jeu de mot avec « Arbeith », en Allemand pour le travail : progression de l’œuvre artistique).
Ce nouveau médium motive beaucoup l’artiste et est une habile avancée de l’art dans un milieu qui lui est étranger. D’autant plus que les cadres passeront par un atelier spécialisé afin que le fini respecte les standards de qualité, ce qui fait de chacune de ces pièces uniques, un vélo qui pourra être assemblé puis utilisé.

Les oeuvres sur les cadres reprennent les formes abstraites de la série Formes noires, mais Alec n’exclut pas la possibilité de petites incartades dans d’autres styles, ce qui semble inévitable vu la différence de forme entre une toile et un cadre de vélo.
En regardant le cadre devant la toile, je remarque que les couleurs sont reprises, la forme des motifs également, mais les motifs sont plus petits sur le cadre. Sûrement parce que celui-ci offre une surface plus étroite. Le contraste entre la forme du cadre, dont chaque angle a été calculé, et les formes noires qui sont plutôt instinctives est subtil, puisqu’un cadre de carbone a une structure lisse et travaillée. Ce nouveau médium offre une surface en trois dimensions donc, il y a toujours des surfaces que l’on ne peut pas voir simultanément.
Heureusement, Alec cherche à faire exposer ces cadres bientôt à Montréal, Toronto et Vancouver. Donc nous pourrons aller les contempler sous tous les angles.

Enfin, Alec est un artiste moderne qui a su s’adapter à la société actuelle en mélangeant le design avec la peinture pour créer des œuvres excitantes à réaliser et qui trouveront leurs places dans des expositions ainsi que dans des magasins de vélo (sur commande du moins). On voit dans le travail de peinture d’Alec un souci d’exprimer quelque chose de plus que l’esthétisme. Avec la démarche d’émanation mnémonique spontanée, avec lequel il parvient à tirer de ses origines européennes, souvenir des guerres et de sa famille artistique, des impressions dont sont imprégnées les ambiances de ses toiles souvent à la limite du figuratif et de l’abstrait.
Ses romans et ses design de pochettes d’album touchent à sa passion pour la musique et la photo.

Bref, Alec semble avoir fait bon usage de sa créativité pour allier ses champs d’intérêt et son travail est fait de manière consciencieuse. Son intégrité par rapport à son travail de peinture est également un aspect de cet artiste qui est fort et qui fera de son œuvre quelque chose qui devrait traverser le temps à titre représentatif de l’artiste dans notre société actuelle.

mardi 26 août 2008

Dessine-moi un vélo !

26 juillet 2008


Stéphane Le Beau .................................................. Alec Stephani

Dessine-moi un vélo !

Charles Meunier

C'est au Québec que l'on retrouve le plus de vélos par habitant au monde. Surpris ? Pourtant, il suffit d'observer le nombre de cyclistes et de tous âges qui se lancent à l'assaut des pistes cyclables et des routes qui sillonnent la campagne québécoise. Sans oublier les rues et les trottoirs des villes qu'un nombre toujours croissant d'adeptes parcourent sur des engins aux caractéristiques techniques et aux look variant à l'infini.

C'est sur ces deux aspects fondamentaux que planchent Stéphane Lebeau et Alec Stephani. Les deux designers créent des vélos urbains, de route, de montagne et de compétition. Si bien que leurs modèles ont porté leur entreprise, Opus, dans le peloton de tête des marques de vélos recherchés conçus et assemblés, pour la plupart, à Saint-Laurent.

« Les designers québécois de vélos, aux dires d'Alec Stephani, se comptent sur les doigts d'une seule main. » Mais comme le fait remarquer Stéphane Lebeau, « cela est appelé à changer ». Pourquoi ? Parce que l'industrie du vélo n'échappe pas à la mondialisation et à la concurrence qu'elle engendre. Celle de la Chine, notamment, est féroce. On y produit annuellement plus de 70 millions de bicyclettes.

Voilà pourquoi le tandem Stephani-Lebeau considère que pour se démarquer et assurer leur rentabilité, la qualité et l'esthétisme sont les meilleurs atouts des fabricants québécois. Ils doivent, et le temps presse, se forger une réputation qui leur permettra de conserver une longueur d'avance pour offrir partout dans le monde des vélos haut de gamme qui allient art et génie, design et mécanique, tout en offrant la meilleure performance au meilleur prix.

Coiffer les Chinois au fil d'arrivée est un défi de taille. Au cours des sept dernières années, la valeur des importations chinoises au Canada pour des vélos bas de gamme a triplé. Elle est passée de 32 à 93 millions de dollars. Durant la période 2000-2004, le nombre de vélos fabriqués au Canada est passé de 740 000 à 480 000. Cela donne une idée de la taille des enjeux.

Un passé garant du présent et de l'avenir

Alec Stephani, si l'on peut dire, est tombé dedans quand il était petit. Enfant, il dessinait toutes sortes d'engins. Plus tard, alors qu'il travaillait comme directeur artistique en publicité, il s'est intéressé, en autodidacte, aux véhicules sans moteur.

« J'ai participé, raconte-t-il, à plusieurs projets comme celui d'un sous-marin à propulsion humaine en collaboration avec l'École de technologie supérieure. Il va sans dire que lorsque l'on m'a proposé de dessiner des vélos, j'ai sauté sur l'occasion. »

Son collègue, Stéphane Lebeau détient une maîtrise en éducation physique et il est un fervent adepte du vélo de compétition. Depuis l'an dernier, il est champion du monde sur piste dans la catégorie des maîtres, titre obtenu en Australie. Tout récemment, il s'est mérité le titre de champion canadien contre-la-montre.

Il y a neuf ans, David Bowman, le grand patron de Outdoor Gear Canada qui produit la marque Opus, a demandé à Stéphane LeBeau d'écrire un article sur l'entraînement en vélo. Le texte a dû plaire puisqu'il a été engagé comme chef de projet. « Et quand en 2000, relate-t-il, l'idée de dessiner et de concevoir des vélos s'est concrétisée, j'ai été très heureux de faire partie de l'équipe. »

Comment expliquer que l'entreprise de fabrication de vélospour laquelle Alec et Stéphane travaillent mette autant l'accent sur le design ? Elle tire son origine de l'approche consommateur qu'elle privilégie. Alec Stephani explique : « Trois critères guident le designer et orientent le choix du consommateur lors de l'achat d'un vélo : l'allure, le poids et le prix. »

L'acheteur potentiel doit être séduit au premier coup d'oeil. « Nous vivons à une époque où le look revêt une grande importance. À qualité égale, on choisira le produit le plus attrayant. Voilà pourquoi, nous misons beaucoup sur l'esthétisme. » Ce qui ne veut pas dire que l'on néglige pour autant la qualité du châssis et des composantes mécaniques comme les roulements à billes, les dérailleurs, les matériaux comme le carbone ou le titane du cadre. Bien au contraire.

I1 existe de par le monde plusieurs concepteurs et fabricants de composantes mécaniques de très haute qualité. Inutile donc de réinventer la roue. « Si nous devions, de dire Alec Stephani, sourire en coin, mettre en marché un vélo "maison", on risquerait de passer à côté de notre client cible. Nous préférons utiliser des composantes provenant de Shimano ou de Campagnolo. Ce sont de grandes marques dont la réputation n'est plus à faire. »

Pour Stéphane LeBeau leur rôle de designer de vélos est clair. « Premièrement, dit-il, nous concevons des vélos avec des cadres et des fourches qui assurent la conduite que le cycliste recherche. Tout bon vélo qu'il soit destiné à la course ou à la ballade doit être à la fois stable et nerveux. Il doit aussi être performant quel que soit son usage. Notre seconde considération toujours en lien avec l'esthétisme c'est le poids. »

Et Alec Stephani de renchérir : « On ne fait pas que rouler avec un vélo, il faut aussi le transporter. Sans oublier qu'un vélo léger facilite les accélérations et les remontées. »

Leur recherche esthétique se fait dans les couleurs, le fini, les décalques et les textures qui sortent de l'ordinaire. L'entreprise vend aujourd'hui 25 fois plus de vélos qu'en 2000.

Designer de vélos : un parcours sinueux ?

Comment devient-on designer de vélos ? Alec et Stéphane n'en démordent pas. Pour devenir designer de vélo, il faut, au premier chef, être adepte de la bécane. C'est leur cas. Le vélo est le moyen de transport qu'ils utilisent quotidiennement pour se rendre au travail. Beau temps mauvais temps, ils testent leurs engins pour mieux connaître les besoins des cyclistes. Alec chevauche des vélos de ville. Stéphane, qui parcourt chaque année plus de 7000 kilomètres à des fins d'entraînement et de déplacement en ville, enfourche son Vivace dont il se sert aussi pour la compétition.

Pour Alec, l'amour du vélo ne suffit pas. « Pour faire ce métier, souligne-t-il, il faut être polyvalent, faire preuve de créativité, savoir s'adapter très vite aux changements, aux besoins des consommateurs et aux tendances du marché. »

Stéphane cite le parcours de Hugues Lapointe qui tout récemment à joint l'équipe. « Il est passé par l'école de design de l'Université de Montréal. Puis, il est venu en stage chez Opus. Nous l'avons gardé. On lui a confié le développement d'une nouvelle ligne de vélos pour enfants et la responsabilité de réaliser le catalogue de nos produits. Preuve que pour réussir dans ce métier la multidisciplinarité joue un rôle de premier plan. »

samedi 26 juillet 2008

La Presse

Un article sur mon métier de designer de vélo est paru dans la Presse d'aujourd'hui, samedi 26 juillet, cahier carrière, page 1 et 2
Je n'ai pas encore le lien internet de la Presse... Je l'ajouterais sous peu.
En attendant :


Article de la Presse du samedi 26 juillet

jeudi 10 avril 2008

Designer de vélo


entrevue publiée sur le blogue d'Opus

ENTREVUE

Alec est responsable du design et du style des vélos Opus et des accessoires Ora.

Q : En quelques mots, quel est votre parcours?

AS : Je suis né à Genève et j'ai étudié le design graphique aux Arts Décoratifs. Depuis toujours, je me suis intéressé au design d'objets et au design graphique. Ma formation m'a permis d'explorer plusieurs avenues professionnelles, telles que la publicité, où j'ai été graphiste, puis directeur artistique de quelques agences, à Genève et à Montréal, le dessin archéologique pour le département d'anthropologie de Genève, l'illustration, la peinture et le design pour divers projets.
Parmi eux, j'ai eu le plaisir d'être au commencement d'un projet extraordinaire : Omer, un sous-marin à propulsion humaine, qui détient, encore aujourd'hui, dans sa 6e version, le record mondial de vitesse sous l'eau.
Je suis entré chez OGC (distributeur de produits de cyclisme) en 94. En 2000, nous avons commencé le projet de vélos Opus.

Q : Qu’est-ce qui vous a amené à vous occuper du design et du style de la marque Opus?

AS : Je m'occupais déjà, chez OGC du développement de produit. Lorsque OGC a pris la décision de développer sa propre marque de vélo, ce fut alors le projet le plus excitant de ma carrière, car cela me donnait la possibilité d'enfin réaliser des véhicules qui seraient distribués à travers tout le pays.

Q : La marque Opus existe sur le marché depuis 2001. Quels sont vos projets pour la marque pour les années à venir?

AS : L'avenir se trouve, à mon sens, dans le vélo urbain, anciennement appelé hybride. Mais le terme d'hybride est réducteur et quelque peu péjoratif. Un hybride et la combinaison de deux choses. Autant dire qu'il n'est ni l'un ni l'autre complètement! Dans la désignation "Urbain" il y a une idée sous-jacente qui est le "tous les jours".
Le but est de développer un vélo pouvant le mieux répondre aux besoins de cette vie de tous les jours. Les préoccupations environnementales sont évidemment considérées. Quoi de mieux que de laisser sa voiture, ne pas polluer et se mettre en forme. Mais il y aussi le "coup de coeur". Ne nous le cachons pas, nous vivons dans un monde matérialiste. On aime les objets et on veut le plus beau. Si je peux arriver à faire aimer la pratique du cyclisme par le fait d'avoir un coup de coeur pour une belle mécanique, alors cela va me stimuler à dessiner le plus beau des vélos, le plus raffiné, correspondant aux goûts de son utilisateur, mais aussi, ayant les composants les plus intéressants, tout en respectant un budget parfaitement abordable. C'est un défi de taille. J'aime créer des machines de compétition, de véritables formules 1 cyclistes, mais l'exercice est relativement facilité du fait que bien des composants de pointe sont choisis pour ces vélos de course. Au final, le prix reflète les besoins du coureur.
Pour le cycliste de tous les jours, le budget est évidemment beaucoup plus serré. Mais il ne faut pas que la conception de sa machine en souffre. Alors il faut chercher et encore chercher les bons produits afin de créer un vélo au comportement routier parfait et à la fiabilité irréprochable.
C'est un défi qui me stimule beaucoup et qui me pousse à aller quelque fois au-delà des sentiers battus. Et si, en plus j'arrive à faire en sorte que ce vélo ait un style unique, alors je suis content de mon travail.
Ma récompense est de voir quelqu'un circuler sur un de nos vélos, sans effort, tout sourire et fier de sa monture.
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mercredi 19 mars 2008

Entrevue radio

Extrait de l'entrevue téléphonique
à la station de radio CISM 89.3
radio étudiante de l'Université de Montréal
à l'émission "La queue de la poire"
le lundi 17 mars, à 11h00
chroniqueuse : Constance Tabary

Pour écouter l'extrait radio : CISM 89.3 fm


à réécouter aussi : Entrevue à Radio Centre ville

jeudi 3 mai 2007

Entrevue radio


Urban Ground
acrylique sur toile - 2007 - 30" x 40" (76,2 cm x 101,6 cm)

série "Formes noires"
www.alec5.com

Entrevue radio
Radio Centre-Ville, Espace Visuel

Juste avant le vernissage du jeudi 3 mai, au Bistro InVivo, j'ai été invité à une entrevue radiophonique, en seconde partie de l'artiste Tania Lebedeff, à Radio Centre-Ville (Cinq fm 102.3), à l'émission de Pierre Archambault, ESPACE VISUEL.

Cliquez ici : Extrait radio (MP3)
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dimanche 22 avril 2007

Conférence de presse

Conférence de presse au Bain Mathieu, 2915 Ontario Est, Montréal
lundi 23 avril, 11h00
Pour le lancement de l'affichage des reproductions géantes de toiles d'artistes, sur la façade de l'usine de la Paysanne 2820, rue Ontario E.

Organisé par la S.P.E.V.V.
(Société Protectrice de l'Environnement Visuel des Villes)
Commandité par la ville de Montréal